Aucune œuvre n’est parfaite. Néanmoins, toutes les imperfections ne se valent pas.

J’ai eu du mal à faire accepter cette idée à Fabien lors d’un échange sur l’imperfection des choses et le rapport que l’on doit entretenir avec elles.

Fabien est le genre de personne qui bavarde beaucoup. Il aime s’exprimer et il le fait aussi souvent qu’il en a l’occasion. A vrai dire, même quand ce n’est pas à lui de parler. Il fait partie de ces gens qui ont l’esprit vif et qui sont prêts à réagir à n’importe quelle situation sous leurs yeux. Malgré cette caractéristique qui pourrait être exploitée à bon escient, il perd son temps dans des conversations stériles.

Il néglige les actions qui lui serviraient pourtant sur son chemin pour devenir un homme accompli. Dans son cas, un expert en communication des organisations.

Fabien possède aussi un trait de caractère spécifique. Il fait partie de ceux qui disent : « Ce n’est pas totalement vrai », « Ce n’est pas forcément faux », « Ça dépend du point de vue », ou encore « C’est selon toi ».

Il utilise ces tournures de langage pour évincer toutes les règles ou les conclusions générales qu’on peut lui présenter. À ses yeux, les exceptions rendent les règles caduques. En effet, s’il peut trouver un cas de figure qui ne correspond pas à la règle, alors la règle en question est fausse et on ne devrait pas en tenir compte.

J’essaie pourtant de lui faire comprendre qu’il y a des signes qui ne trompent pas, et qu’on peut aboutir à des analyses justes même s’il existe des exceptions.

Notre conversation avait pourtant démarré de manière triviale. Comme il étudie la communication à l’ESSTIC, je lui ai demandé s’il se trouvait bon. Instantanément, il m’a répondu que cela dépendait du point de vue ; que quelqu’un pouvait le trouver performant et un autre non. En conclusion : on ne pouvait pas savoir. Je lui ai demandé si c’était ainsi qu’il répondait lorsqu’on lui posait ce genre de question. Il m’a répondu que oui, car tout dépend du point de vue.

Je lui ai expliqué qu’il existe des appréciations générales. On peut dire sans risque de se tromper que si l’on voit un individu habillé en policier, il y a de fortes chances qu’il le soit. Il m’a soutenu que non. Que ce n’est pas toujours vrai. Il existe des personnes qui portent les tenues de leurs frères sans être policiers. Pour lui, ce cas particulier suffisait à se déclarer incompétent pour reconnaître un agent de la paix.

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Ce genre de rhétorique est devenu courant. À croire qu’on a cessé d’enseigner que les exceptions ne font pas disparaître les règles.

Pourtant, les règles sont conçues précisément parce qu’il y a des exceptions. Si quelque chose était absolu (comme le besoin d’oxygène pour respirer), on ne prendrait pas la peine d’en faire une règle. C’est une loi naturelle. Mais s’il existe une règle disant « pour mettre un mot au pluriel, on lui ajoute un -s », c’est parce que c’est le cas pour la majorité écrasante des mots. Les exceptions sont là pour délimiter la règle, pas pour l’annuler.

Dans ce cas précis, les exceptions sont connues : les mots en -s, -x, -z qui ne changent pas ; ceux en -al qui deviennent -aux ; les mots en -ou qui prennent un -s sauf sept exceptions (bijou, caillou, joujou…). Et les mots en -ail majoritairement en -s mais quelques-uns en -aux.

J’ai répondu à Fabien que si quelqu’un s’habille comme un policier, alors il est perçu comme tel. De toute façon, la majorité des gens le penseront en le voyant. Même s’il se moque du regard d’autrui, il ne pourra pas empêcher la société de le traiter selon les codes de sa tenue.

Nous, humains, avons inventé des règles pour nous orienter dans le monde et communiquer. Les conventions comme le mètre, la seconde ou le gramme sont des unités qui nous permettent d’évaluer les choses. Nous avons des codes vestimentaires pour envoyer des messages précis. Dans un stade, les joueurs portent des maillots et des crampons ; à la piscine, un maillot de bain. À l’église, on se met sur son trente-et-un, alors que pour un karaoké entre amis, on privilégie un jean et des baskets. Il ne viendrait à l’idée de personne de débarquer à la messe du dimanche en maillot de bain au nom de la liberté individuelle.

Malheureusement, certaines personnes utilisent la nature imparfaite des choses pour justifier leurs échecs. Elles se considèrent systématiquement comme des exceptions. Ou alors, dès qu’elles trouvent une faille à une règle, elles tentent de l’abolir pour se sentir libres de faire ce qui leur passe par la tête. Elles sont promptes à dire « ce n’est pas forcément vrai », comme s’il fallait que les choses soient TOTALEMENT parfaites avant d’être reconnues comme vraies.

Ces personnes estiment qu’on ne peut rien leur reprocher pour un travail bâclé ou une parole trahie, sous prétexte que « rien n’est parfait ».

Comme je le disais, aucun être n’est parfait. Aucune réalisation humaine ne peut l’être. Néanmoins, toutes les imperfections ne se valent pas. Les règles sont imparfaites par définition. Et à situation exceptionnelle, traitement spécifique. Mais dans la majorité des cas, les règles nous guident et nous évitent d’avancer à l’aveugle. Elles nous permettent de réduire les erreurs déjà commises par d’autres.

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Le monde n’a pas à vous pardonner vos erreurs à répétition ou vos défauts exaspérants simplement parce que « personne n’est parfait ». Travaillez à vous améliorer pour réduire la souffrance que vous infligez aux autres et à vous-même.

La note de 18/20 est imparfaite. La perfection serait 20/20. Mais la note de 02/20 est imparfaite aussi. Naturellement, s’il faut choisir, l’imperfection de l’un vaut bien mieux que celle de l’autre.

Alors, vous pouvez être imparfait. Personne n’attend de vous la perfection. Faites simplement de votre mieux en vous appuyant sur les règles. Soyez imparfait comme un 18/20.

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