« Je fais ce que je veux et je m’en fous de ce que les gens pensent. »

À priori, ceci semble être la nouvelle façon de réclamer sa liberté et sa totale indépendance. C’est très bien. Si cette affirmation est une façon acceptable de vivre, on pourrait se dire que tout le monde devrait suivre ce modèle. On fait chacun ce qu’il désire sans tenir compte ni de ce que ça peut faire aux autres, ni de ce qu’ils peuvent bien penser. De toutes les façons, en janvier 2026, le président d’un pays est allé kidnapper celui d’une autre nation en s’en foutant de ce que le monde entier pourrait bien penser.

Merveille au pays des merveilles

C’est Merveille qui m’a donné cette réponse lorsque j’essayais de lui faire comprendre que ses actes auraient toujours des conséquences sur les autres et sur elle-même. Pour la titiller un peu, je lui ai dit que j’allais prier pour que toutes les personnes qu’elle rencontrerait dans sa vie s’en foutent de ce qu’elle pense ou de ce qu’elle peut ressentir.

Elle est restée figée un instant. Comme si elle était la seule personne qui devrait avoir ce privilège. Elle estimait avoir le droit de se foutre des autres, mais les autres devaient se soucier de ce qu’elle pouvait ressentir.

Je n’allais pas réellement prier pour ça, bien sûr que non. Mais je voulais lui faire réaliser ce que cela pouvait impliquer. Pour pousser sa réflexion plus loin, je lui ai dit que je prierais précisément pour que son futur mari s’en foute de ce qu’elle pense. Que ses enfants se fichent de l’éducation qu’elle essaierait de leur transmettre. Que son chef, ses collègues, ses amis et sa famille ne se préoccupent jamais de ce qu’elle pourrait éprouver.

Elle s’est rendu compte que ce n’était pas tout à fait ce qu’elle voulait dire. Je lui ai demandé si elle avait parlé sans réfléchir ; elle m’a répondu qu’elle pensait y avoir réfléchi, mais que visiblement, elle n’avait pas vu les implications profondes.

Le piège de la pensée automatique

Vous vous êtes déjà retrouvé dans une situation similaire. Quelqu’un énonce une opinion qui résonne en vous. Vous y succombez parce que l’idée vous plaît et vous vous l’appropriez comme si c’était la vôtre. Vous le faites sans vraiment y réfléchir en profondeur.

Cela arrive soit parce que vous avez de l’admiration pour cette personne (une femme politique ou un influenceur sur TikTok), soit parce que cette idée semble apporter de l’air frais à votre esprit. En effet, qui ne s’est jamais senti agacé ou opprimé par le regard et les commentaires des autres ? Tout le monde, en dehors des bébés.

Le psychologue Daniel Kahneman, lauréat du prix Nobel d’économie, décrit dans son ouvrage Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée, deux systèmes distincts qui influencent nos jugements :

  • Le Système 1 (La pensée rapide et intuitive): Il opère de manière automatique et sans effort. C’est celui de l’instinct, des émotions et des raccourcis mentaux qui conduisent aux biais cognitifs (biais de confirmation, biais du survivant, etc). C’est le système que Merveille a utilisé pour adopter cette idée séduisante de liberté absolue.
  • Le Système 2 (La pensée lente et réfléchie): Il requiert de la concentration et un effort conscient. C’est lui que vous utilisez pour résoudre un problème complexe ou prendre une décision importante. Il est plus lent et consomme beaucoup plus d’énergie.

Pour aller plus loin sur les biais de confirmation :
Pourquoi vous persistez à croire ce que vous voulez ?

Kahneman souligne que nous avons tendance à nous appuyer excessivement sur le Système 1, même quand le Système 2 serait nécessaire. Dans un environnement où notre attention est sollicitée en permanence, nous avons développé une forme de myopie intellectuelle. Sans profondeur, les choses deviennent soit noires, soit blanches. Le monde se résume alors à un mode de pensée « Nous contre Eux ».

Pour aller plus loin sur le biais du survivant :
Succès facile : pourquoi on prend de mauvaises décisions

Pourquoi préférez-vous la superficialité ?

Notre cerveau est une machine à économiser l’énergie. Réfléchir en profondeur demande un effort conscient. La pensée superficielle est donc le mode par défaut. C’est le « Système 1 » : rapide et économe. Comme scroller sur TikTok toute la journée. Les algorithmes récompensent la brièveté et le choc émotionnel. Nous sommes passés de l’étude des sujets complexes à la consommation de « shorts » de 30 secondes.

Pourtant, pour un leader ou un entrepreneur, la capacité à « zoomer » dans la complexité est l’avantage compétitif ultime. Ce qui est rare a plus de valeur que ce qui est accessible à tous les coins de rue.

Comment se forcer à réfléchir en profondeur ?

Pour passer de la basse à la haute résolution, il faut introduire volontairement de la « friction » dans votre réflexion. Voici quatre piliers pour y parvenir :

  1. Testez la clarté de votre pensée: On ne comprend vraiment un sujet que si on peut l’expliquer simplement à un enfant de 10 ans. Si vous bloquez ou utilisez des mots complexes (comme « impact », « aligné » ou « résilience ») pour masquer un vide, c’est que vous devez creuser.
  2. Écrivez pour être concret: L’écriture ne tolère pas le flou. Une idée confuse dans votre tête peut sembler géniale ; sur le papier, elle devient illisible. Écrire force votre cerveau à matérialiser vos croyances.
  3. Créez des blocs de concentration: Accordez-vous 90 minutes sans distractions. Ce n’est qu’après 20 minutes de concentration intense que le cerveau commence à traiter les couches profondes d’un problème.
  4. Demandez-vous Et ensuite ?: La pensée superficielle s’arrête aux conséquences immédiates. La pensée profonde explore les conséquences des conséquences. Si vous vous foutez de tout aujourd’hui, quel sera l’effet sur vos relations dans 3 ans ? Sur votre capacité à bâtir quelque chose de durable ?

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Conclusion : Le luxe de la profondeur

Dans les années à venir, l’IA générera du contenu superficiel à l’infini. Ce qui restera précieux, c’est votre capacité à apporter des nuances crédibles et à voir les choses dans leur globalité.

Réfléchir en profondeur demande de l’humilité et des efforts. Mais c’est le seul chemin pour passer du statut de victime à celui de personne responsable qui prend sa vie en main.

Je vous invite à revisiter vos croyances. Demandez vous d’où est ce qu’elles viennent ? Pourquoi les avoir adoptées ? Pourquoi vous y accrochez-vous ? Et ensuite répondez à 5 autres pourquoi ? 

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