Comment sait-on que nous sommes ignorants ? Le plus souvent, nous évaluons notre propre savoir en nous basant sur nos connaissances ou notre expérience du sujet. L’adjectif et le nom ignorant viennent du verbe latin ignorare, qui signifie « ne pas savoir ». Il peut avoir plusieurs significations, souvent liées au manque de savoir ou de connaissance.
Un ignorant est donc quelqu’un qui n’est pas au courant de quelque chose. Quelqu’un qui manque de connaissance sur un sujet précis. On peut aussi considérer comme ignorant quelqu’un qui manque d’instruction générale, de culture générale ou de connaissances élémentaires. Ou simplement comme quelqu’un qui n’a pas conscience de quelque chose.
Par exemple, on peut dire : « Une âme ignorante de ses propres forces ». Ou encore « Être ignorant des usages d’une tribu », ou « Il est ignorant des us et coutumes du savoir-vivre. »
Constat
On pourrait s’attendre à ce que l’individu moyen soit conscient de son ignorance et fasse preuve d’humilité. En effet, si l’on n’a pas reçu des informations complètes sur un sujet, on devrait pouvoir s’en rendre compte et être plus prudent lorsqu’on s’exprime. Pourtant, les dictionnaires, les encyclopédies et autres livres de connaissances contiennent des informations de base qui pourraient réduire notre niveau d’ignorance. Nous devrions savoir qu’en l’absence d’une formation rigoureuse, ou même informelle dans un domaine précis, nous ne sommes pas suffisamment qualifiés pour en discuter.
Le temps d’apprentissage peut aussi être un bon indicateur. Regarder un extrait d’une intervention d’un invité sur un plateau TV ou suivre un TikToker ne suffit pas à nous donner les connaissances pour devenir compétent. À titre de comparaison, pour être reconnu comme un Maître dans un domaine, il faut l’avoir pratiqué pendant environ 10 000 heures.
Le problème
Le pire dans ce monde d’ignorance c’est que ce sont les personnes les moins qualifiées qui ont souvent une confiance excessive en leurs capacités. Comment expliquer qu’il nous arrive de rencontrer des personnes qui parlent d’un sujet comme si elles en étaient expertes alors qu’elles n’ont jamais suivi de formation, n’ont jamais lu un livre entier à ce propos et n’ont pas d’expérience pratique suffisante pour adopter cette posture ?

Cette situation décrit un biais cognitif bien connu. Cet effet de surconfiance s’appelle l’effet Dunning-Kruger. Nous l’avons expérimenté à très grande échelle en 2020 au tout début de la pandémie de COVID-19. En l’espace de quelques semaines, on avait l’impression que le citoyen ordinaire était devenu un expert en virologie. À la fois compétent dans la transmission des virus, le traitement des maladies qu’ils provoquent et des méthodes préventives. Tout le monde donnait des conseils sur ce qu’il fallait faire et sur ce qu’il ne fallait pas faire. Des débats sur les traitements qu’il fallait adopter et sur l’efficacité des vaccins.
Du jour au lendemain, on était entouré d’experts sur le sujet. Et pourtant, rien n’était plus faux. L’effet Dunning-Kruger se manifeste par une tendance à surestimer ses propres compétences dans un domaine où l’on est pourtant incompétent.
Pour vous donner la possibilité de repérer les effets de ce biais, voici les principales caractéristiques que vous devez chercher :
Surestimation de ses propres compétences
Les individus incompétents ont du mal à reconnaître leur manque de compétences. De plus ils ont tendance à se croire plus compétents qu’ils ne le sont réellement. Pour éviter de tomber dans ce piège, demandez-vous sincèrement quel est votre niveau de connaissance sur le domaine. Avez-vous reçu une formation ? Quels sont les livres que vous avez lus à ce propos ? Possédez-vous une expérience pratique dans ce domaine ?
Lire aussi:
Découvrez les 5 niveaux d’acquisition des compétences
Incapacité à reconnaître les compétences d’autrui
Les personnes victimes de ce biais ont également du mal à reconnaître et à apprécier les compétences des autres. Puisqu’elles ne possèdent pas les connaissances nécessaires pour les évaluer correctement. Ce travers est souvent lié à la surestimation de ses propres compétences. Vous devez faire preuve d’humilité. Reconnaître que la personne en face de vous a plus d’expérience n’est en aucun cas rabaissant. En évitant cette attitude négative, vous ouvrez votre propre chemin vers l’acquisition des savoirs.
Absence de conscience de son incompétence
C’est à ce niveau que les choses deviennent un peu plus complexes. En effet, il y a des circonstances dans lesquelles nous ne sommes même pas conscients de notre incompétence. La plupart du temps, on arrive à reconnaître ce qui fait la particularité de notre domaine de performance. Si vous êtes médecin, vous connaissez les subtilités de votre profession qui ne sont pas accessibles à quelqu’un qui n’a pas reçu de formation. Mais vous avez tendance à oublier qu’il en est de même pour tous les autres domaines. Les finances personnelles, la peinture, l’économie, le droit ou encore l’Intelligence artificielle ne font pas exception. Ce n’est pas parce que vous utilisez un ordinateur au quotidien que vous pouvez concevoir un processeur ou développer une application. Conduire une voiture ne fait pas de vous un expert en injection de carburant dans le moteur ou d’un système ABS. Malheureusement, cette absence de conscience de son incompétence est la principale cause qui peut vous empêcher de chercher à vous améliorer.
Les conséquences négatives
Au travail : Les employés incompétents peuvent prendre des décisions inappropriées et refuser de reconnaître leurs erreurs. En politique : Les électeurs incompétents peuvent être plus susceptibles de voter pour des candidats incompétents. Santé : Les patients incompétents peuvent refuser de suivre les conseils de leur médecin.
Pour conclure
La prochaine fois que vous voudrez donner votre opinion sur un sujet spécifique, posez-vous la question de savoir quel est votre niveau de compétence sur la question. Demandez-vous si vous avez reçu un apprentissage sur le sujet. Verifiez si la personne en face de vous ne possède pas plus de compétences en la matière. Ou demandez-vous simplement quel est votre niveau d’expérience dans le domaine. Et si vous avez le sentiment d’être ignorant sur un sujet, utilisez ce temps précieux pour chercher à vous améliorer. Ecoutez des personnes plus qualifiées, lisez leurs livres et faites-vous formez.
Il est important de prendre conscience de cet effet afin de pouvoir l’éviter. L’humilité, la remise en question et la volonté d’apprendre sont des qualités essentielles pour lutter contre ce biais cognitif.
Dites-nous en commentaire si vous avez déjà été victime de ce biais cognitif et comment vous vous en êtes sortis !
Quand est il du cas où on arrive pas à reconnaître ses compétences?
Cela fera l’objet d’un prochain article Salmat.
Merci