Lorsque j’étais en Terminale au Lycée Bilingue de Buea, il y avait une situation qui me rendait perplexe. Mon camarade Victor affirmait qu’il n’était pas nécessaire d’apprendre ses cours pour réussir son Bac. Il me disait fréquemment que mes efforts ne serviraient à rien. Car il y a des personnes qui apprennent et qui finissent par échouer de toute façon. De plus, il disait que son grand frère et un de ses amis à lui avaient réussi au Bac sans vraiment réviser durant l’année. Qu’ils manquaient tout le temps les cours et qu’ils passaient leur temps à jouer aux jeux vidéos, regarder des films et à boire de la bière. L’ami de son frère vivait seul à Long Street; sa chambre était devenue leur QG.

À l’âge que j’avais, je n’arrivais pas à comprendre son raisonnement. Ce qu’il me racontait était réel, son grand frère et son ami avaient eu leur Bac l’année dernière et étaient à l’université. Il existait donc des gars qui ne révisent pas et qui réussissent leurs examens. Que des gens apprennent et échouent quand même aussi. Donc…. ? 

Pourquoi vous prenez de mauvaises décisions

J’entends encore des raisonnements semblables à celui de Victor tous les jours. Les gens utilisent cette façon de penser pour des choix de facilité, des choix sans effort, mais qui conduisent aux résultats qu’ils souhaitent obtenir. Je connais un gars qui n’a pas travaillé et qui a réussi à avoir une promotion. Je connais une fille qui est devenue riche en postant juste des vidéos d’elle sur TikTok. Tonton Jean n’a pas fréquenté, aujourd’hui il est un grand commerçant au marché Mboppi et il a beaucoup d’argent. Mon voisin a été trahi par son épouse alors qu’il l’aimait passionnément. 

Si on s’imagine dans une classe de terminale, voici comment peuvent se répartir les élèves au moment de la proclamation des résultats du Bac. 

Lycée Bilingue de BueaJe révise mes coursJe n’apprends pas
J’ai réussi mon BacA
J’ai révisé et j’ai réussi
C
Je n’ai pas appris et j’ai réussi
J’ai échoué mon BacB
J’ai révisé et échoué
D
Je n’ai pas appris et j’ai échoué
  • Les A sont les personnes qui ont régulièrement révisé leurs cours et qui ont réussi le Bac.
  • Les B sont les personnes qui ont régulièrement révisé leurs cours mais qui ont échoué.
  • Les personnes C, qui n’ont pas appris leurs leçons et qui ont quand même réussi le Bac.
  • Les personnes D, qui n’ont pas été assidu et qui n’ont pas réussi le Bac.

On retrouve toutes ces situations dans le monde réel. Le cas parfait, celui qui serait facile et qui ne demanderait pas d’efforts serait le cas C, des élèves qui n’ont pas appris leurs leçons mais qui ont réussi le Bac. C’est le cas rêvé pour l’être humain moyen. Obtenir quelque chose sans avoir besoin d’en payer le prix. 

Ce désir, cette perspective de réussite sans effort est extrêmement alléchant pour le mental. C’est de là que partent vos mauvaises décisions. 

Au lycée je me voyais dans le cas A. J’étais conscient que je devais assister aux cours, faire mes devoirs et réviser régulièrement mes leçons. Par la suite, je devrais préparer les examens trimestriels, l’examen blanc et le Bac lui même. 

Cependant Victor lui, me parlait des cas C comme son frère et son ami. Et il voulait être comme eux.

Nos enseignants au lycée essayaient de nous mettre en garde pour qu’on ne se retrouve pas dans le cas D. Ceux qui échouent parce qu’ils n’ont pas révisé leurs leçons, naturellement. Pareillement, ils essayaient d’enlever dans nos esprits l’illusion des cas C. 

Aujourd’hui plus qu’hier encore, avec les réussites apparentes qu’on peut entrevoir sur les réseaux sociaux, on a l’impression que tout le monde veut être le cas C. Lorsque tu demandes à quelqu’un de faire ce qu’il faut pour obtenir ce qu’il souhaite, il se transforme en Victor. « Je n’ai pas fait d’efforts et j’ai réussi. Je n’ai pas à faire d’efforts puisque certains en font et échouent malgré tout. » 

Victor était très fort pour convaincre avec les mots. Il pouvait parler pendant des heures et raconter des histoires extraordinaires, des situations extrêmement rares qu’il faisait passer pour des situations courantes de tous les jours. Et il touchait son entourage avec son charisme. Pour le cas du Bac, son argument suprême cependant était encore plus pointu. Il connaissait des gens qui avaient assisté à tous les cours, fait leurs devoirs et préparaient les examens avec assiduité, mais qui avaient quand même échoué. Preuve ultime que ça ne servait à rien de faire tout ça. Et les preuves étaient dans la salle de classe. Des redoublants qui disaient avoir fait exactement ce qu’il fallait mais avaient échoué. 

Victor désirait être un cas C. Il voulait être comme son frère, et il avait les preuves des cas B dans la salle de classe pour couronner le tout. 

J’ai réussi le Bac cette année-là, Victor a échoué. En effet, à la lecture des résultats à la radio, je n’ai pas suivi son nom après le mien. Il était juste assis derrière moi lors de l’examen. Il a éclaté en sanglots lorsqu’il m’a vu arriver chez lui ce même soir. Je n’avais jamais vu un jeune homme pleurer autant. Comme s’il se rappelait, en me voyant, ce qu’il m’avait dit. Il était devenu un parmi le nombre infini de D. 

On appelle ce que Victor a vécu, le biais du survivant. En effet, un biais cognitif est une distorsion systématique de la pensée qui affecte nos jugements et nos décisions. Le biais du survivant est un biais courant qui vous pousse à vous concentrer uniquement sur les exemples rares de succès et à négliger les nombreux exemples d’échecs. En d’autres termes, vous avez tendance à surestimer vos chances de réussite en vous basant uniquement sur les exemples positifs qui vous entourent, bien qu’à y regarder de près, ils soient rares.

Les cas A et D sont les plus courants

Les règles dans la vie sont les cas A et D. Etant donnée qu’ils représentent la très grande majorité des situations qui se produisent. Par exemple nous ne sommes jamais surpris lorsqu’on voit un A ou un D. Puisque, normalement, vous préparez vos examens, vous réussissez ; vous ne les préparez pas, vous échouez. 

La recherche de la facilité, produit par ce biais vous fait souhaiter être un cas C, vous ne faites pas ce que vous devez faire et vous réussissez quand même. Et pour cela, vous aurez toujours quelques exemples exceptionnels pour vous en convaincre. Si cela ne suffit pas, vous pouvez toujours pointer du doigt les cas B. Les fameuses personnes qui ont appris leurs leçons et qui ont fini par échouer. 

Le biais du survivant est la raison pour laquelle certaines personnes autour de vous prennent de mauvaises décisions. Peut-être vous aussi, en êtes victime. 

Normalement si vous ne révisez pas régulièrement vos leçons, vous allez échouer votre Bac. Si vous essayez de vous convaincre du contraire en utilisant le cas des personnes C, c’est que vous ne prenez pas en compte les histoires plus nombreuses des personnes D. Idem, lorsqu’on vous raconte les histoires des B, on dissimule les raisons pour lesquelles elles n’ont pas été des A. 

On se souvient des histoires des personnes qui ont réussi, mais on ne parle pas de toutes les autres qui ont échoué en se lançant sur le même chemin. 

  • On parlera de ceux qui ont réussi à arriver en Angleterre, et on oubliera toutes les personnes qui sont mortes dans la Méditérannée, dans le désert nigérien, ou qui sont restées en esclavage en Libye. 
  • On parlera de personnes qui ont réussi sur TikTok sans faire mention des milliers de personnes qui se lancent tous les jours et qui échouent. 
  • On se souviendra des vainqueurs des paris sportifs, et on ne dira rien sur les centaines de millions qui sont perdus les jours de match dans des combinaisons impossibles. 
  • On parlera des personnes qui ont réussi leur régime minceur miracle, sans parler de toutes celles qui ont repris plusieurs kilos une fois qu’elles ont arrêté.

Pour éviter de commettre des erreurs de jugement comme Victor, voici ce qu’il faut faire:

  • Reprendre conscience que le monde est normal. Les situations A et D arrivent dans presque tous les cas;
  • Cherchez plutôt des contre-exemples lorsqu’on vous parle d’un cas C, cherchez des histoires des D pour comparer ce qui arrive le plus souvent;
  • Si vous pensez être un cas A, prenez des précautions pour éviter les erreurs que les personnes B ont commises pour échouer;
  • Faites attention à ne pas avoir des informations biaisées. Etant donné que les réseaux sociaux et la TV nous montrent principalement les réussites exceptionnelles, ce qui peut fausser votre perception de la réalité;
  • Demandez l’avis de quelqu’un qui a plus d’expérience sur le sujet, vous n’avez pas besoin de commettre les mêmes erreurs stupides que les autres ont commises avant vous.

Les cas B et C sont encore plus rares qu’on ne le croit. 

Les personnes qui se présentent comme des C vous cachent souvent des informations sur leur réussite. Des astuces ou des avantages qu’elles ont eu et qu’elles ne vous disent pas. Des appuis et des soutiens qu’elles dissimulent mais qui ont pourtant joué un rôle primordiale dans leur réussite. Parfois même, ces personnes sont des « noyeuses », des A qui se font passer pour des C pour induire les autres en erreurs.

Chaque fois qu’on vous brandit un cas B, il faut le regarder de près. Il faut essayer de comprendre les causes de leur échec. En effet, il n’est pas très rare de trouver des gens qui font semblant de travailler, qui font semblant d’apprendre, qui font semblant de faire des efforts et qui échouent et prétendent être des cas B, alors que ce sont en réalité des D. Tout ce qu’il y’a de plus normal. 

Je vous invite à être des A. Puisque que vous n’avez pas vraiment le choix de toute façon. Ne jouez pas votre vie au djambo. Préparez vos examens, faites votre travail avec professionnalisme. Entretenez des relations profondes et de qualité avec les personnes que vous aimez et éventuellement les nouvelles personnes qui entrent dans votre vie. Gardez à l’esprit que les C comme Victor vous dissimulent des choses. Même si on ressent de la tristesse pour les D, ils sont exactement à leur place. Les B ont manqué de chance, mais ils deviendront des A. Soyez simplement des A. 

Si vous avez déjà failli vous faire avoir par le biais du survivant, merci de partager votre histoire en commentaire. Il faut noter que le biais du survivant n’est pas le seul biais cognitif. Nous préparons une série d’articles sur les biais qui poussent le plus les gens à prendre de mauvaises décisions pour que vous n’en soyez pas victime. 

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