Lorsque j’étais adolescent, je me suis lié d’amitié avec Marius parce qu’on habitait le même quartier et qu’on était dans la même classe au collège. Marius racontait des versions différentes de ses aventures à tous nos camarades. Il le faisait sans aucune raison apparente. Il prenait plaisir à inventer des choses qu’il n’avait pas vécu en les faisant passer pour réelles. Et il ne se gênait pas pour en faire autant sur la vie des autres. Il créait constamment des conflits entre les gens, avec ces histoires toutes plus farfelues les unes que les autres.
Je ne trouvais cependant pas que c’était un problème puisqu’à moi, il disait la vérité. Je me sentais privilégié. Vous voyez, quand vous vous sentez unique auprès d’une personne parce que vous avez un statut spécial. Il pouvait tromper tout le monde sauf moi. Il me rassurait d’ailleurs sur cet état des choses. “Arisber je peux mentir à tout le monde sauf à toi, tu le sais bien”. Les 206 os, les 600 muscles et les 5 litres de sang de mon corps savaient que j’avais de la valeur à ses yeux.
Pendant les congés, je racontais mes aventures avec Marius à ma mère. Et elle me disait : “il te ment aussi”. Je lui disais qu’elle avait tort. En effet, J’étais spécial pour Marius, comme il me l’avait dit. Il ne pouvait pas me faire ça. Pas à moi.
Elle m’avait pourtant passé une leçon claire. Ce que les gens font régulièrement aux autres, ils finiront par vous le faire à vous aussi malgré tout. Ce n’est qu’une question de temps avant que vous ne perdiez votre statut privilégié. Vous allez commettre une faute impardonnable à leurs yeux et vous perdrez tous vos avantages.
Toutefois, au fond de moi, j’étais quand même inquiet. J’ai vu Marius ne pas tenir parole à plusieurs reprises. Il était régulièrement en retard, prétextant toujours des raisons tirées par les cheveux. Il habitait pourtant juste à 20 minutes de l’école, mais il pouvait raconter qu’il habitait à l’autre bout de la ville pour tenter de se justifier. Marius était déjà allé très loin en prétextant une fois que la police avait retrouvé un cadavre dans son quartier et que c’était la raison de son retard.
Mon ami était aussi profondément injuste. Impossible qu’il fasse un partage équitable. S’il achetait un maïs grillé pour nous deux, il allait se débrouiller pour toujours avoir la plus grosse part. Sa mauvaise foi était terrible. C’était soit la vendeuse qui avait donné un maïs bizarre ou alors que ce n’était pas de sa faute s’il ne l’avait pas cassé convenablement. C’était la faute du caillou sur lequel il avait trébuché.
Un de nos camarades avait reçu sa feuille de composition avec une note de 16/20. En y regardant mieux, le prof avait fait une erreur en totalisant ses points. C’était un 15 plutôt qu’un 16. Naturellement on aurait gardé cette information pour nous, cela n’aurait rien fait de mal à personne. Surtout que notre professeur d’écologie était réputé dur avec “les points”. C’était cependant sans compter sur Marius qui avait assisté à la scène. Le prof a modifié la note pour un 15/20. Et Marius s’en est sorti avec un point de plus pour sa trahison.
Si par malheur il était au courant d’une information sur votre vie privée ou alors un de vos secrets, vous pourriez être certain que tout le collège serait au courant en moins de 2 récréations.
L’aspect qui m’exaspérait le plus, c’est qu’il mentait même sur ses compétences. Toujours à dire que tout était facile et qu’il n’avait pas besoin de faire des efforts pour maîtriser même les matières les plus difficiles. Lorsqu’il avait des connaissances sur un sujet, il criait sur tous les toits qu’il était un expert. Il prenait même de l’argent pour faire des cours de répétition à des enfants du quartier en étant bien conscient qu’il ne pouvait pas les aider.
Si vous aviez un devoir à faire avec lui, vous seriez presque mort. Il allait prétendre être en train de le faire, mais allait fournir un travail bâclé. Je m’étais déjà fait avoir à plusieurs reprises. Dès lors, j’avais décidé malgré notre amitié de ne plus jamais faire un travail avec lui. C’était devenu une sorte de règles sans exception pour moi. Marius dissimulait ses intentions avec brio. Il connaissait un peu le pidgin et il me disait qu’un de ses principes d’or était “erreur for mbutuku na dame for ndoss” : “les erreurs des mboutoukou c’est la tchop pour lui”.
Notre amitié n’a pas duré longtemps. Sa réputation avait commencé à déteindre sur moi, et j’ai moi aussi commencé à être sa victime. Mon livre de physique qui avait disparu a été retrouvé chez lui par un autre camarade. Il s’était justifié en disant que son livre avait aussi été volé.
Marius faisait partie de la catégorie de personnes qui campent sur leurs positions malgré leurs tords ou leurs trahisons, parce qu’elles sont certaines que vous n’avez pas de preuves pour étayer vos accusations, même si elles savent au fond d’elles que c’est pourtant la vérité.
Tenir ses promesses et ses engagements était totalement optionnel pour lui. La moindre petite raison lui suffisait pour se défiler. Il passait le temps à essayer de justifier ses manquements et ne reconnaissait que rarement ses torts. Il appliquait sa justice de manière variable, en fonction des circonstances et dans tous les cas toujours dans ses propres intérêts et ceux de personnes d’autres.
Lorsque j’y repense aujourd’hui, Marius n’avait aucune des qualités et comportements qui inspirent la confiance chez les autres. Il n’était pas fiable, honnête, intègre, discret, respectueux et compétent. Des qualités indispensables pour être perçu comme digne de confiance.
Ne soyez pas comme Marius. La vie est déjà compliquée, ne la rendez pas plus complexe encore. Vous avez souvent du mal à dire les vérités difficiles. Vous considérez qu’être honnête est une faiblesse, que les menteurs semblent mieux s’en sortir. Comme vous manquez d’histoires intéressantes à raconter, vous divulguez les informations que vous avez sur la vie privée des autres. Vous ajoutez ce qui manque pour rendre l’histoire plus croustillante ou plus compromettante.
Pour réussir, vous devez être digne de confiance. Une confiance totale en vous-même et une source de confiance pour les autres. Vous devez être fiable.
Faites preuve d’honnêteté même quand la vérité est difficile à dire ou à vivre. Dites là de manière bienveillante.
Déclarez vos intentions. Soyez intègre et vrai. Que les autres puissent savoir ce que vous allez faire parce que vous êtes fidèles à vos valeurs. Votre intégrité ne vaut pas grand-chose si vous changez vos principes en fonction de ce que vous pouvez gagner ou de ce que vous avez à perdre.
Faites preuve de discrétion : gardez les informations que vous avez sur la vie privée des autres confidentielles. C’est à chacun de choisir ou non de parler de sa vie privée avec la personne qu’il souhaite.
Travaillez à acquérir et à développer des compétences utiles. Aussi bien des compétences professionnelles que des compétences sociales. Éloignez- vous des personnes qui sont similaire à Marius. Y compris les variantes des Marius.
Gardez à l’esprit que la confiance vient de l’expérience. C’est en pratiquant votre art que vous allez gagner confiance en vous. Alors pratiquez.
Dites-nous en commentaire si vous connaissez des Marius. Si les autres trouvent que vous êtes fiables. Si on peut compter sur vous ou alors si vous avez toujours de bonnes raisons pour vous défiler.
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Conseil très utile sur les qualités pour être fiable m.Oui je suis tomber sur tes Marius certains sont toujours des Marius jusqu’aujourd’hui. Et moi même au collège j’étais un Marius.
Aussi Merci pour ma leçon de sciences
J’ai aussi connu ce type de personne au secondaire. Mais depuis je ne suis plus tombée sur quelqu’un de ce genre et je dis merci à Dieu, car il est très néfaste d’avoir des personnes aussi mal intentionnées dans son entourage. Elles sont capables de vous vendre même au diable tant qu’elles ont un intérêt.
Tout simplement inspirant ! De quoi me booster d’avantage ce début de semaine